JULIEN MIGNOT — PHOTOGRAPHE

27 avril 2012

MARS 2012

37-MARS2012

A l'emporte pièce. Du bout du monde, de part en part, j'ai regardé des soleils horizontaux se coucher. Attendant là le temps des lumières qui ne venait jamais.
J'ai sollicité les astres pour conjurer l'essor et j'ai échoué sur une digue inconnue et frêle, mais malgré les aléas du temps, elle contenait la mer.

La mer morte ne respire plus. Elle s'éteint dans son lit à petit feu. Elle diminue comme le spleen passager qui vient, de bon matin, quand ce regard perce l'horizon plus clair au-delà de la vapeur que détermine la frontière. Le temps est assassin et supprime chaque nouvel unité qui s'amoncelle, comme le sable des dunes d'un désert sans fin et mouvant où les lignes rigides des frontières n'ont pas de sens. Nous cultivons l'homme planté sans terre au sein d'un champs de mine. Il reste deux choix. Se mouvoir ou rester.

Dans le ciel, je comprenais des cicatrices comme des failles d'où jaillissaient des raies de justesse.
C'était dans un avion au dessus de la mer noir, le long des côtes turques, bercé de désillusion. Nous allions découvrir un pays comme on ne le regarde que rarement, en prenant de la hauteur pour redresser toutes les perspectives de lignes de fuite. Cela ne nous a pas empêché de plonger juste à côté. Dans ce que le réel recèle de profond, qui sonne comme un semblant de vérité.

En mars ce sont des averses de larmes qui coulent comme le temps change. Sans savoir tellement pourquoi tout dégringole en flaque, dessinant des rigoles tristes et flasques.
C'est pas marrant les temps gris, ça manque de lumière ou de noir, ça manque d'éclaircie et de profondeur. Au moins quand l'orage gronde, il tonne une note et les éclairs harmonisent.

Photographier c'est figer un monde qui n'existe pas. Qui n'existe plus. Un monde révolu. Ces moments sont à jamais perdus. La photographie permet de nous faire comprendre doucement, comme un chuchotement au creux de l'oreille, que le temps passe et passe encore, sans jamais repasser par un état semblable. A quoi cela sert-il de le constater si ce n'est pour se convaincre que l'issue est certaine? Sans doute à conjurer le mensonge véritable qu'elle comporte. Le monde change si vite que nous ne pouvons en être les témoins.


— LA GALERIE DES IMAGES DES MARS —


//// Roulement de tambour \\\\

Tailer Trash Tracys — You Wish You Were Red
Justice — On'n'On (Ruined By Rick Rubin)
Virgo Four — It's a Crime
DJ Le Roi — I Get Deep
Culture Club — Do You Really Want to Hurt Me
The Black Keys — Sister
Wings — Let 'Em In
Etta James — I'd Rather Go Blind
Thelonious Monk — 'Round About Midnight

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17 avril 2012

FEVRIER 2012

01-FEVRIER2012

En février j'ai fréquenté assidûment un studio approprié assorti à mes envies que j'aurai souhaité plus sereines. Des grands espaces raisonne la volonté de laisser filer. La presse imprime les entre-filets imbéciles à l'approche du non-événement qui symbolise l'échéance, jusqu'à la prochaine, à bout de souffle, à bout de nerfs, là où la continuité se discute, là où la simplicité se dispute.


J'ai cherché. Nous sommes partis dans les Alpes à l'assaut des pistes arides hivernales. Nous avons contempler la neige immaculée s'agglutiner sous nos raquettes en plastiques. Les jambes flagellent et hélas, tiquent. Cela craque et l'atmosphère calfeutrée d'un studio de qualité n'a pas suffit. Nous avons décidés de partir. A la renverse, à l'imprévu. En février je m'installe en montant des œuvres au noir infinies.


J'ai visité l'invisible en trichant sur des pensées troublées sur gages, engageant la survie de troubles indicibles pour courir un risque. A pas de loup j'ai chassé le doute. Des volutes sectaires m'ont entretenues.
Il y avait les bras de mers insondables rejoints en lambeaux par des courants d'errance qui me poursuivaient. Nous étions là, debout, à la croisée des courants, droit comme un if planté dans le sable qui lutte contre les vents, les marées démarrant à la cantonade du norrois qui n'a pas de sens, contrairement aux apparences. Je suis resté courbé pour conclure et passer outre l'échine, raturer les esses dans les dunes improvisées qui barraient mon cri à l'endroit des éléments.
Il n'y avait pas de terre et pas de mer, les éléments nous rappelaient ce que nous sommes, les deux pieds dans le sable, le nez flairant au vent.
J'ai vu s'amonceler de vagues tas de vents ensevelis par des ménages hasardeux qui balayaient plus sévèrement l'horizon que des pas de côté.


En février j'aurais aimé composer. J'en suis bien incapable au regard de ce que nous sommes quand nous nous regardons bien en face, droit dans l'axe de la mer qui descend ; qui découvre.


— Les photographies du mois —


\\\ Bling Bling ///

Johnny Cash — The Man Comes Around
Wings — Let 'Em In
Hi-Gloss — You'll Never Know
Iggy Pop — China Girl
Bosco Del Rey — Get Outta Dodge
Tristesse Contemporaine — I Didn't Know
Charles Bradley & Menahan Street Band — I Believe In Your Love
Etta James — I'd Rather Go Blind
Bosco Del Rey — Insta Love

 

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23 mars 2012

JANVIER 2012

Ce 2 janvier il faisait un temps marin à Paris. Je regardais les vagues de nuages parvenus de l'ouest s'assagir et laisser place à l'azur dégagé par les vents d'occident d'un hiver qui sentait le printemps. Ce promontoire de la Rive Gauche balançait entre le silence et les bourrasques qui s'engouffraient dans l'allée, droit au sud, mêlant ce va-et-vient las avec les croassements des corbeaux, les échos de la ville et d'enfants qui supportaient la fin des vacances d'hiver.
Le transat de la terrasse me rappelait cette image d'Elliot Erwitt où deux touristes anglais à Cannes ou à Nice sont comme expulsés de leurs assises entre deux images. Le ton pastel du dossier était sans doute normand, les couleurs délavées du tissu me parlaient, j'entendais Marguerite comme on attend la mer qui ne viendra jamais, elle présidait à l'impératif du voyage.

En janvier j'aurai pu tenir un magasin de souvenirs avec le stock que libère un déménagement consenti.
Ce qui est mort ne vieillit plus. Tout est resté figé là dans ces tiroirs où l'on laisse le temps s'arrêter délibérément. Il s'agglutine, se concrétise, devient des strates, des plaques stockées dans des cartons à fond rugueux. Ces plaques insolentes se révèlent à la lumière qui les libère de leur silence inconscient. Nous compilons en vieillissant essentiellement l'imaginaire de ce qui serait si… Ces aspérités sont des carrefours que nous fléchons contextuellement. J'ai choisi la direction de l'introspection. Sans détourner mes yeux, j'ai regardé des avions atterrir sur le toit d'en face plus tranquillement que dans une pub Air France, dans un ciel plus bleu et plus haut qu'un fond imaginé. Ces avions sans fumée dans un ciel azuré n'avaient de limite que le cadre factice d'une fenêtre sur l'infini. En me penchant, par dessus le garde corps j'ai remarqué que la piste était une peau qui reflétait ce toi.

Des avions madrilènes joignaient les deux bouts. Debout devant ma fenêtre je projetais d'atterrir en douceur. Quelques allers-retours ne changeraient rien. Je trouvais que le temps passait doucement ici. Où que je sois.

Emménager demande certaines qualifications, notamment celle d'équilibriste en terrain inné, ainsi qu'une force de mutation apte à sauvegarder le principal, le présent. Il s'agit de semer des petites pièces de soi pour accaparer la suite. En janvier j'ai planté des graines qui hiberneront, puis pousseront bientôt bien plus haut que moi. Quand je ne vieillirai plus non plus. Quand nous aurons amortis la chute des âges sur le tapis de souvenirs que l'on prête dès lors à l'avenir.


— LA GALERIE DU MOIS —


/////   Coups de semonce  \\\\\

Youth Lagoon - 17
Devendra Banhart - Carmensita
Pixies - Hey
Prince - When Doves Cry
The Gun Club - Lucky Jim

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31 décembre 2011

DECEMBRE 2011

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En décembre les gouttes de pluie se transforment en lames de rasoir acérées. Elles sont sensibles juste sous les yeux. Les cernes peuvent être lourdes, mais la peau tendue par la bise qui fend Sebastopol est si fine que chaque impact s’immisce sous le derme. Une larme de vent s’évapore. Le vent coule depuis les yeux. Comme il est bien souvent matériel, si le chagrin devient du vent, cette métaphore ne parle plus que de sublimation.

En décembre Sebastopol est un rail qui relie deux rives. Noir de monde, gris de pluie, la nuit les feux déroulent le bitume synchrone. En journée, jamais le soleil n’éblouit, bas et filtré par l’hiver aveugle, jamais nous ne dépassons notre ombre, nous remontons vers le nord. La Gare de l’Est est un phare. Le tumulte du trafic est une régate en dériveur. Je joins les deux bouts dedans quand la nuit gronde dehors.

La lumière qui baisse est la bande son du mois. Comme un long fade-out vers des fêtes inutiles : je n’ai pas besoin de fabriquer d’amour en toc.

Décembre est la résultante d’une année chargée, il est le temps des bilans. Comme il sera le temps de ne pas se résoudre à des résolution déjà dépassées en janvier. Tout est en ordre et le cycle qui surpasse le grégorien n’est que l’échos des événements passés.

Des cathédrales entières se sont effondrées, laissant apparaître le sol à nu, des arbres déracinés dans un tumulte immobile. Les racines étaient sous nos pieds. Mes pieds nus sentaient la terre, les mouvements ne s’opéraient plus que par la pensée. Nul besoin de dépenser des watts inutiles pour trouver le confort cotonneux originel. Si le sol se défile je resterai là, pendu par le fil intérieur de la pensée au dessus de toutes ces abîmes infinies sans gravité.

Vous êtes sur la photo comme je disparais. Je suis le sujet invisible et je ne saurai jamais ce que vous pressentais. Vous êtes invisible et je garde le secret de ces images car je ne saurais pas en parler. J’emploie le pluriel singulièrement pour m’adresser aux instances qui préside à chacun de mes gestes.

Comment vous le dire? Pour vivre avec les autres il faut d’abord être bien avec soi. Je n’ose le prétendre pour justifier quoi que ce soit. L’équilibre apaise, c’est un bel indice. Je suis comme ce fil, d’aplomb. Cabossé et droit dans mes bottes de sept lieux, je regarde cet édifice qui n’existe pas, qui n’existera jamais. Il est le temps, le vent, le soleil et les embruns, tout ce qui ne se matérialise pas en un instant. Je pourrais dire “ça a été”. D’un ton juste, je préfère écrire : cela sera.



— LES IMAGES DE DECEMBRE —



///Les douze coups de minuit\\\

John Lennon — Mother

Alain Bashung — Noir De Monde

Wovenhand — Cripplegate (Standing On Glass)

Dexter Gordon — I Guess I’ll Hang My Tears Out To Dry

Vismets — Normal Life

Gorillaz — To Binge (feat. Little Dragon)

Baxter Dury — Claire

Pavement — Shady Lane

Ike & Tina Turner — Workin’Together

Jon Spencer Blues Explosion — Do You Wanna Get Heavy?

White Label — I Don’t Know

John Lennon — God

 

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06 décembre 2011

NOVEMBRE 2011

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En novembre j'ai rencontré des sosies d'inconnus qui ne m'ont pas donnés de grands signes de reconnaissance. Alors transparent, je me suis mis, en avançant, en prenant mon inspiration, à toucher le présent. Enfin.

C'est arrivé avec le mois.

Le premier ciel de novembre s'est gonflé. Doucement, jusqu'à qu'il touche terre. Les gouttes tendues circulaient de haut en bas. Il faisait si sombre que la nuit tombait en plein jour.

La brume habillait d'un flair les lampadaires. Un truc épais mais respirable et léger. Cet air visible, je l'absorbais en volutes.

C'était pareil dans le train ce matin, comme le ciel était bas, les couleurs disparaissent et ne restaient que les traits. Ils trainaient l'arasante structure de la caracasse, un monochrome sidérant. Il convenait parfaitement au déplacement et présidait à l'ambivalence d'un jour qui se levait ou qui se couchait.

 

C'était le décor, le temps ne compte plus.

 

La nuit nous appartient définitivement. Nous profitons de nos journées. Je trouve même des réponses pour plus tard. Des réponses à des questions que je ne me posais pas encore. Ou bien à des questions que je n'osais pas, alors, me poser.

 

La nuit dément le jour. La décroissance lumineuse rituelle à l'automne, le sombre qui se fond dans l'obscur, la ville qui étincelle... c'est une constellation qui nait à la vitesse de la lumière.

J'ai vu la nuit. Et quand tout fut en place, je t'ai enfin attendu du bout des lèvres, comme on attend le silence dans le tumulte de la ville.

  

Et puis il y a eu enfin cet été indien et des trucs incroyables comme des coups de klaxons aux feux verts. Une lumière totale, vaporisée, qui s'immisce dans chaque interstice.

 

En novembre, j'ai passé le cap. Est-ce ma trente et unième année commençant ? Etait-ce un mois avant ? Etait-ce la somme des hasards successifs et lointains qui m'avaient posés là? Finalement c'est peut-être le présent cet étrange brouillard qui m'entoure et qui dessine des formes sans jamais nous les montrer que lorsqu'elles adviennent. Je m'ancre, il bouge, je danse. Dans ce flou se détaille une à une des évidences insoupçonnées.

 

 — LA GALERIE —

Bardez-vous

///:\\\ 

Holly Golightly — There Is An End

Bobby Reed — Time Is Right For Love

Girma Beyene — Ene Negn Bay Manesh

Litz by Nikolai Lugansky — La Campanella & Etude N° 10 in F Minor

The Troggs — With A Girl Like You

The Box Tops — The Letter

Archie Bronson Outfit — Rituals

John Coltrane & Duke Ellington — In A Sentimental Mood

Al Stewart — Year Of The Cat

The Beatles — Girl

Serge Gainsbourg — Cha cha cha du Loup

///:\\\

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01 novembre 2011

OCTOBRE 2011

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C'est un mois sans équinoxe. Un mois sans solstice, sans saison, sans fête. Un mois sans calendes susceptibles d'attester que le temps passe. Et comme l'on ferme les yeux pour s'endormir, octobre est passé. Ai-je rêvé ?
Dans l'ordre des choses, j'ai d'abord pansé. Les manches courtes, le t-shirts, l'été qui dérivait, ça n'a pas duré. Une plaie béante et des embruns salés sur la grève, j'ai renoncé à attendre ce qui arrive toujours seul. J'ai voulu tromper la nuit en traversant des nuées ardentes de reproches édulcorés, j'ai renoncé à attendre des vagues immuables et uniques, j'ai voulu me mentir comme on se chuchote des secrets à l'oreille.
Octobre est une nuit d'insomnie. Une nuit que l'on passe à compter les barrières plutôt que les moutons de ouate confortables, plutôt que de compter simplement sur soi.
Parfois j'ai cru voir l'ombre dorée de la lune au zénith se projeter sur le plafond, c'était à la moitié presque pile de mois-là. J'ai rêvé que j'étais un somnambule marchant sur un fil d'Ariane en plein Labyrinthe. J'ai rêvé d'une escale pour trouver le sens de ces vents béants qui soufflent sans obstacles et souffrent de liberté. J'ai rêvé que j'étais le boxeur de Barrico dans City, il me manquait un western pour compléter le tableau. Je tire plus vite que mon ombre, mais je n'avais pas de compte à régler. Il aurait fallu se flinguer dans le miroir, d'un coup, le matin, bam! son amour-propre en guise de munition. Coup de semonce, je manque de cartouche de rechange.
Je me souviens très bien de ce matin calme et frais comme un tableau dans le même miroir de la salle de bain. Je me souviens de ce rideau de pluie glacial qui a balayé définitivement l'été à l'heure du déjeuner. Les jolies matinées seraient désormais des promesses de printemps. C'était l'invention de l'automne en direct, le grand plongeon vers l'hiver, le frima lancinant qui parcoure les cimes comme un frisson et achève délicatement les dernières parures déjà dorées.
Octobre est une nuit éveillée qui succède à des jours sans lune. C'est l'horizon qui bascule. Vu d'ici, debout sur le perron d'une jetée fantastique qui domine une vague mère qui moutonne, la revanche de cette nuit sera ces anglaises qui frisent imperceptiblement sur mes tempes. Haletant, immobile, je sens mon cœur battre dedans.
S'il avait fallu raconter des histoires à dormir debout en octobre, j'aurai pu m'en sortir. Je suis resté debout, les yeux ouverts, face au vent, c'est tout, c'est déjà beaucoup.
Je devine la luxuriance tiède des feuilles rousses à l'horizon. Je tiens dans mes mains des scories encore tièdes qui pendent du cœur de nos nuits. Des mots me brulent les lèvres. J'articule sans un son. A moins que ce ne soit cet océan de pensée qui couvre les clapotis de ma langue qui claque.

— LES IMAGES D'OCTOBRE 2011 —



Clap Clap


The Kills — Future Start Slow
Friends — I'm His Girl
The Beatles — Savoy Trufle
Hanni El Khatib — Dead Wrong
Patrice Rushen — Haven't You Heard
80 Kidz — Frankie
Gotye — Somebody That I Used to Know (feat. Kimbra)
Roisin Murphy — Dear Miami
Cults — You know What I Mean
Rover — Birds
Feist — Caught a Long Wind
Dean & Britta — Moonshot
Feist — Anti-Pioneer
The Kills — The Last Goodbye
Sergio Fiorentino — Suite Bergamasque : III. Clair de Lune, Debussy
Goldstone Anthony, Holmes Ralph, Welsh Moray — Trio en Mi Bemol op. 100, Schubert


///  —  \\\

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05 octobre 2011

SEPTEMBRE 2011

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C'est ici que commence mon mois de septembre et ce qui ressemble à la chute précipitée de la fin de l'été. C'est l'aéroport d'Istanbul. Je me suis lancé dans une tentative de documentation assidue des clients du fooding d'aéroport. Il est six heure du matin. J'ai choisi la meilleure place de la terrasse du Burger King. Tout est beau. Tout est juste. Tout est bon. Tout en toc. Nulle part l'heure ne s'affiche dans cette salle. Il pourrait être toutes les heures du jour et de la nuit. Le burger ne s'arrête jamais. La clim tempère l'été. Les néons remplacent le ciel en blanc. Pureté immaculée, lumière trop forte, chacun parvient pourtant fortuitement à recréer une part d'intimité qui n'existe pas.

Septembre s'annonçait anonyme et normal. Et puis ce que l'on nomme la rentrée est arrivée pressée. Et puis l'été a enfin percé une fois l'équinoxe dépassé.

Ce soir j'ai senti comme la rentrée était déjà là. Demain je travaillais sur ce sujet là pour Libération, mais ce n'était pas de ça qu'il s'agissait. C'était avant la rentrée des classes. Celle de notre enfance dans la lumière et les effluves de septembre, celle des cartables trop lourds et de la vie qui n'est pas encore trop courte. Les culottes ne le sont, évidemment, plus pour bien longtemps.
Je roulais sur mon Vespa. La nuit était déjà fraîche. Depuis chez Samuel je n'avais posé qu'une seule fois le pied par terre à Port Royal. Nous avions écouté de la musique sur sa platine vinyle et ses enceintes de qualité. C'est le même effet à chaque fois que j'ai l'occasion d'écouter à nouveau l'objet vibrant, le sillon magique, la spirale à l'envers. Tout tourbillonne. La musique devient sensible et palpable.
Nous avons parlé comme le temps passe. Comme une barque sur l'onde au beau milieu des flots. Quand la rive disparait et que l'on peut filer doucement au creux. Les vagues n'avaient pas pieds là où nous nagions. Chaque pas était une empreinte délébile sur le socle des statues de pailles à nos effigies. En écoutant les histoires que me racontait Sam, je me recroquevillais dans mon siège comme un môme qui ne veut pas rentrer le lendemain et ne veut pas dormir pour voir venir le moment du réveil éveillé.
Le dernier cognac avalé je filais, la cloche allait bientôt sonner.

En septembre, je le dis, nous sommes seuls.

C'est Yvan qui me l'a soufflé. Je suis rentré en sentant le poids de mes pas à chaque emprunte débile que je laissais sans trace sur le bitume qui titubait. Avez-vous déjà senti le poids de votre corps à l'endroit précis où il entre en contact avec le sol ? Ce n'est que le sol qui vous rappelle la masse de gravité de votre être, par capillarité, par contact. Dans la lumière d'automne qui baisse à vue d'œil, nous ne sommes que ce que nous sommes, l'ombre de nous même sous le soleil de l'autre.

— LES IMAGES DE SEPTEMBRE 2011 —



A la baguette


I Break Horses — Cancer
House of Wolves — 50's
The Raveonettes — War In Heaven & Apparitions
Sibylle Baier —Tonight
Marc Ronson & The Business Intl. —Bang Bang Bang & Somebody To Love Me
The Rapture — In The Grace Of Your Love
Herman Dune — Where Is The Man
John Fitch And Associates — Romantic Attitude
Rowland S. Howard — Shut Me Down

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15 septembre 2011

ETE 2011

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Cet été j'aurais dû écrire pour Marguerite depuis une plage du nord. Et puis finalement ni le nord ni la mer ne sont venus jusqu'ici.

J'ai pourtant bien quitté Paris et la mer m'a d'ailleurs manqué. Cet été fut en forme de cabotage estival en direction des racines et de quelques branches pour se raccrocher. J'ai retrouvé Poble Nou, de vieux amis et puis l'Angleterre. J'ai pris le temps de partir et le temps de revenir. Peut-être simplement pour que le mouvement existe, et faire en sorte que le réel ressemble au dedans, en simulant la marée montante qui allait recouvrir ces traces.

Cet été a commencé par le trajet Arles/Londres, grand écart en un déclic, comme une flèche pour retrouver le sens de la cible. Toucher. Toucher au cœur c'est mieux. Et puis… et puis le vide. Le vide du ciel plein de nuage et le vide de Paris, fermé pour cause de congés depuis le 15 août.

Nous nous comprenons Paris et moi. Comme si c'était de sa faute, comme un alibi, je me ferme un peu, le 15 août, moi aussi. Je réalise lorsque c'est l'anniversaire de ma mère le  18 août que cette date est passée. Comme s'il fallait une marque récurrente sur le fil invisible du temps pour se rappeler que les années passent encore, ici, sur Terre.

 Cet été il y a eu de longues périodes introspectives de lecture à voix haute. Dans mon appartement, seul, j'ai faillit frapper à ma porte pour partir de chez moi et c'est le bruit de tes pas dans l'escalier qui m'a rattrapé. Des talons qui claquent quatre à quatre dont le son sans rythme raisonne encore. Le temps passe plus doucement quand on court. C'est pourtant au ralentit que nous avons enfin des chances d'attraper l'infime bonheur, juste avant de le reconnaître au bruit qu'il aurait fait s'il nous avait échappé.

 Cet été, ce bel été à en rêver de Pavese, j'ai fumé beaucoup de cigarette à ma fenêtre dans le silence de la nuit olympienne et démocratique des chats gris d'ici et des tigres de Libye. Seul contre le montant, je me demandais juste après le couchant combien pouvions-nous être dans l'intimité d'un entrebâillement sans tain, à regarder la nuit à travers des volutes, sans nous apercevoir que la terre tourne tant tout est calme.

Depuis ma cigarette je regardais la nuit se fondre dans le décors : du bord des lèvres, mon regard hagard se perdais dans le mirage des vapeurs. La musique était adéquate. Les lampadaires vibraient et ma cendre tombait sans gravité sur le palier. C'était le seuil de la nuit, et plus le temps passait et plus les pensées s'enfonçaient en apesanteur dans cette noirceur sous-céleste. L'enveloppe du soir d'été c'est le frisson du temps qui passe. Depuis l'échine, courait sur le cœur jusqu'au jardin secret d'un paradis bien planqué. A bien y regarder, on dirait que c'était de vagues fumées sans feu qui traversaient l'esprit. A force de nous convaincre que nous voyons nous regardons passer le temps. 

Juste avant d'écrire ceci, je sillonnais la ville de nuit à la recherche du néant à qui le noir va si bien. Je coupais le moteur en entrant dans la ruelle, je ne voulais pas réveiller au dehors les âmes de ceux qui dorment sans bruits tant la ville les absorbent.

 Nous revenons à Paris le 15 août. Si peu de de circulations cette nuit que j'ai cru que la ville ne se réveillerait jamais. Comme si les habitants s'étaient figés à l'étranger. Comme si l'air avait aspirer ceux qui le respire, ceux qui soufflent et tempêtent à longueur d'année en trombe. La lune n'était pas couchée. Il y a trois ans, je me souviens, elle était pleine. Je n'ai pas appelé ma mère aujourd'hui. Nous n'avions pas besoin de nous dire les choses pour penser, cet anniversaire, je me le rappelais.

 J'avais cru devenir adulte définitivement ce jour là, le jour où je perdais mon père, mais maintenant j'en suis certain, beaucoup de sentiments surpassent la mort quand il s'agit d'effrayer l'enfant qui sommeil en nous pour qu'il se cache à tout jamais.

 Nous sommes enfin retombés sur nos pas. Sur nos empreintes dans le sable qui attendent la marée quand nous avons le dos tourné.

Cet été, je n'ai surtout pas pris de vacances. C'était une chance de saisir cette ultime victoire : travailler à ne rien faire. 

 

—ALBUM ETE 2011— 

 

Tsing-Boom

 Crystal Castles — Pap Smear

Lana Del Rey — Video Games

When Saints Go Machine — Kelly

Yacht—Tripped and Fell In Love & Paradise Engineering

The Horrors — Changing the Rain

Jenny Wilson — Let My Shoes Lead Me Forward

Future Islands — Long Flight

Ludwig van Beethoven, Alban Berg Quartet — String Quartet No. 16 in F Major, Op. 135: III. 

Bon Iver — Holocene

Dirty Beaches — Sweet 17 & A Hundred HIghways

Breakbot — Fantasy

Lykke Li — Tonight

La Femme — Sur la Planche

Koudlam — Sunny Day

New Order — The Perfect Kiss

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16 juillet 2011

JUIN 2011

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"Le soleil se lève aussi", Hemingway voulait sans doute dire qu'il le voyait plus souvent sombrer qu'apparaître, trop gris de bon matin pour se souvenir de l'aurore juste après une nuit blanche claire.
Je ne sais plus si ça m'est apparu place de la République, en face de Cannes ou bien en regardant les corridas de Pampelune au Tambourin arlésien. En tout cas c'est arrivé.
Pourquoi parler d'un fait naturel pour titrer un roman emprunt de la civilité la plus basique ? Sans doute parce que c'est bien cet élément qui nous donne encore une indication sur la direction du monde qui tourne autour de nous quand tourne la tête et les verres qui vont avec.

Mon dernier couchant c'était dans le sud. Un ciel rose et le vert des pins qui lui allait si bien. Je le regardais depuis la terrasse. Au premier plan, le perron. Puis la mer au bout d'une allée sans distance, Majesté logique sur un trône liquide. Les yacht au bout ne sont que des mouches et l'annexe, le coche. L'horizon aurait put être Indien. Comme tout autour était juste, on pouvait en déduire que la mer n'était que l'écran propice au délibération du vague de l'âme version drive in. Une projection, direct en toile de fond. Et le mistral balayait ce que la mer n'avait pas lavé.

Les silhouettes remontent de la mer au crépuscule, tournant le dos au soleil pour aller se coucher face à l'aurore. J'ai vu des corps se transformer en esprit avant même d'avoir passé le tourniquet, vibrant du manque de clarté. On peut aussi s'apercevoir changer. Je veux dire qu'on peut observer de prêt la phase de changement. Je ne parle pas d'un avant et d'un après, mais le pendant d'une décision.

J'ai vécu un matin l'extinction des lampadaires comme un immense courant d'air. Alors que le ciel s'éclaire, la ville s'éteint. Ça m'a fait un drôle d'effet. Sous les coups de soleil de juin, j'hallucinais. Nous étions des mirages tremblant prêt à s'évanouir sur la piste et rejoindre les vapeurs des limbes comme si l'on nous murmurait "je viens d'où je fuis".

J'ai tout oublié. En claquant la portière de la berline sur le perron, toute la mélancolie qui était restée à la porte nous a enveloppée. Il a fallu partir. Juin n'est qu'un départ.

C'est par ma terre que j'ai d'abord tenté la belle. Une sorte de rempotage avec taille de racines. Pour luter contre la gravité, j'ai tenté l'aérien. Des rails fixés en l'air. Des lignes courbes en rond et sans freins pour poursuivre leur course vers la fin. Vol à vue. Désorientation passagère, jour blanc, face contre terre, le miroir. Du calcaire dans les yeux, la pureté de l'eau qui coule sous les ponts est à revoir. J'essaie à rebours. Echec mat, papier glacé pour compenser.

Convalescent, je rêve d'un long voyage en train sans destination. La nuit, seul moment où les deux hémisphères du paysage se valent, serait le moment d'écrire. Longtemps. Pour avoir une chance de coucher dans le carnet un truc important. Le jour pour la lecture, et pour projeter dans le décor qui défile toutes les pensées nées de l'obscurité qui veillent sur le silence intérieur, seule garantie de l'intérêt de s'écouter.

Au delà d'une logorrhée complexe et hasardeuse, en juin je me suis promené du côté des anglais en évitant la manche soigneusement. La fuite comme provenance. Volte face estival, reprendre les bases. La lune, au fond de la lunette nous contemple de plus prêt. Ce n'est pas l'homme qui regarde. Ce n'est pas le ciel qu'il scrute. Nous feignons d'ignorer du coin de l'œil ce vide aérien qui nous ressemble vaguement.


— ALBUM JUIN 2011 —


 3-2-1—DJ

The Strokes — Machu Picchu
Dengue Fever — Sister In Radio
Girls — Oh So Protective One
Rhum For Pauline — Walker's Lament
B.Alone — Time Is Love
Zaza Fournier — Vodka Fraise
Camille Yarbrough — Take Yo'Praise
LCD Soundsystem — All My Friends
Debbie Jacobs — Don't You Want My Love
James Hunter — Carina
(Please) Don't Blame Mexico — The Protocol
Elysian Fields — Sleepover
Bibio — Take Off Your Shirt
Oscar Brown Jr. — Brother Where Are You ?

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15 juillet 2011

UNE SEMAINE EN COULISSES

Il y a 10 ans, je choisissais la Mode côté backstage pour mon premier reportage, rentrant fissa dans la chambre noire pour proposer mes premières images aux magazines durant l'été 2001. Je me souviens encore du passage des Fouga Magister de la patrouille de France le matin "off" 14 juillet, ils raisonnèrent longtemps dans ce grand appartement trop vide pour moi tout seul, de la rue Campagne Première. Une semaine épuisante puisque je n'avais rien de bien incroyable à montrer.

Certaines images ont durées jusqu'à aujourd'hui. Trop peu, mais déjà assez. Le bel anniversaire c'est surtout Libération qui me l'a offert : une quotidienne puis 6 pages de Mag et la couv. Sans fanfares certes, mais alors, quel bel anniversaire!

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03 juillet 2011

MAI 2011

C'est une énigme. J'aimerai bien retrouver la boîte noire et analyser le crash. Il s'agissait d'une vrille sans bruit, ça c'est sûr. Et plutôt que de freiner quand ça commence, débute le grand Gum Ball aérien en forme de grand huit pour adulte, prétexte à garder les pieds sur terre. Ce qui compte quand tout s'effiloche, que des éléments s'arrachent comme des comètes à rebours du socle de notre être, ce sont les points de repère. La gravité par exemple. On connait toujours la direction vers laquelle tend le bas, même très à l'ouest.

Voilà, j'ai traversé mai en chute libre sans combinaison anti-G efficace. La technique du plongeon est complexe. Plusieurs méthodes existent. Le "I", bras le long du corps ou en se bouchant le nez d'un air crispé. Le saut de l'Ange, majestueux. Puis des techniques plus aléatoires. Toutes visant à éviter le plat avec un peu de tenue, voir une certaine flamboyance.

J'ai choisi de tomber immobile et de laisser la surface se rapprocher de moi, répétant des katas destinés à faire tourner des moulins à vent bien plus résistants que moi. Le plus beau dans ce paysage plutôt sombre d'un mois presque estival, c'est que je crois que j'allais plutôt bien.

Pour se convaincre de la justesse du choix et de la pertinence du laisser-aller, il aurait fallu draguer des filles. J'ai préféré regarder les étoiles filer. Elles s'abîment toujours à l'horizon. Et, curieusement, ça ne nous laisse pas indemne non plus.

En mai, il y a eu Dinard et de nombreux cinés solitaires. A Dinard, la plage n'avait toujours pas changé. La lumière non plus. C'était un colloque de for intérieur plutôt qu'un festival de mode, ou comment regarder attentivement l'autre à travers soi. Les cinémas solitaires sont salutaires, car ils sont l'occasion d'observer le monde dans une forme d'intimité publique. Devant le MkII Beaubourg, j'ai rencontré un poète de rue. Il écrivit les vers que j'étais incapable de prononcer.

A l'image de ce que j'en dit aujourd'hui, le moi de mai ne fut pas très explicite. Comme toutes les périodes troublées du début. Il faut que tout se repose, à commencer par soi.

J'ai pris soin de l'hypothèse à venir, en arrêtant d'essayer de tout résoudre dans l'instant. Et puis je me suis demandé qui je pouvais bien être pour me juger.

 

— ALBUM MAI 2011 —

 

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en avant la musique

Metronomy — The Bay
The Coasters — Down In Mexico
Black Rebel Motorcycle Club — Ain't No Easy Way
B. Alone —Time Is Love
The Black Box Revelation — Our Town Has Changed for Years Now
Battles — Ice Cream (feat.Matias Aguayo)
Saul Williams — Dance

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04 juin 2011

AVRIL 2011

Il est difficile d'entendre mes paroles si je parle en silence. Je voudrai retrouver l'image floue de la ville quand je regardais par dessus ton épaule. J'ai tant cherché tes yeux du regard. C'était le 17 avril dans un train de Paris à Clermont.

J'anticipe la suite en commençant par me débarrasser de l'idée de garder des souvenirs de Beaumont. On ne garde pas des souvenirs comme on collectionne des timbres. Les odeurs ne sentent rien sur le moment. Les lumières sont invisibles. C'est quand on songe à ce qui va changer qu'ils se gravent discrètement dans un lieu de stockage tenu secret et dont seul la nostalgie détient la clé.

L'exil et le recul pour se préparer dans l'anonymat de l'étranger. C'est en Bretagne que je suis parti le temps de Panorama, pèlerinage musical incontournable à Morlaix. Sur la digue à Carantec, j'ai longuement pensé au vide et à la marée.

Et puis Londres. Les images défilent aujourd'hui et les souvenirs reviennent. L'exotisme est une faveur que nous nous accordons pour apprendre à regarder le réel. C'est pour ça qu'il faut parfois regarder le familier avec une certaine distance.

En avril, j'ai compris pourquoi les vignerons aiment la photographie en taillant ma vigne. C'est un rapport au temps égal et distordu. Il faut connaître le passé et anticiper le futur dans l'instant. C'est juste un peu plus long.

Je sens que tout se disperse autour de moi. Il est bon de se rappeler dans ce cas que tout n'est qu'une question de point de vue. Photographier c'est aussi regarder un peu au dedans de soi, mais discrètement, sans se le dire. Une photographie est silencieuse. Tout se tait, seuls les souvenirs l'habitent.

 

— L'ALBUM D'AVRIL 2011 —

 

AVRIL2011_003AVRIL2011_053

 

DONNE LE LA !
Connan Mockasin — Faking Jazz Together
Henry Goes Dirty — Get My Kicks
Danton Eeprom — Give Me Pain
Metronomy — The Bay
Cold In Berlin — Total Fear

 

 

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28 mai 2011

MARS 2011

Ce que l'on voit en sortant de l'aéroport la nuit, ce sont les bidons qui pavent l'entrée de la ville. Ce sont les rickshaws bicolores qui sont le siège des nuits de leurs propriétaires, quand la ville, elle, ne dort jamais, juste à côté, toute en chantier.
A Bombay, je regarde l'horizon noir qui se limite aux candélabres faiblards du trottoir défoncé. Les chiens errent et se ressemblent dans leur déviance métonymique, d'un tas d'ordures à l'autre. Derrière la lumière bleue, je n'avais pas reconnu une maison, devant dorment des hommes, figés sur une chaise en plastique, trône de leurs rêves.

C'était en arrivant à Bombay. Première étape de mars où je n'ai passé que quelques jours à Paris. Plutôt que d'écrire sur ce mois-là aujourd'hui depuis Paris, je reprends mes notes. Elles collent au sujet. En tout cas j'en ai l'impression. Elles sont désordonnées, ne trouvent plus le même échos que lorsque j'écrivais. Mais elles sonnent juste avec l'impression qu'il me reste presque deux mois plus tard. Je n'ai toujours pas pris le temps nécessaire pour retomber sur mes pieds, et je ne sais toujours pas si ces photographies m'appartiennent.

L'Inde ne laisse pas indemne. Le voyage m'effraie, mais ce n'est pas une peur consciente. Je me rends compte que je ne voyage pas, mais que je vis ailleurs. Sans les formalités frontalières, l'avion est un métro sans rail, et Bombay la prochaine station. J'ai pris l'habitude de photographier sur le pas de ma porte et je ne fais que prolonger cette manie à l'étranger. Le voyage nous remet en face de soi. C'est la seule différence. Il n'y a plus de béquilles. Ces images d'Inde me semblent ne jamais avoir existé.

J'ai du mal à photographier en ce moment.

Je pense beaucoup, et j'arrive à des conclusions incroyables : comme j'arrive dans mon appartement, je me dis que quelque soit le voyage, on finit toujours à pied.

Photographier c'est parfois laisser une chance aux rêves fugitifs de se fixer et de ne plus appartenir qu'au passé.

Les rideaux tirés de ma chambre d'hôtel laissent filtrer la ville et sa forme molle, endormie sur ses oreillers de sodium scintillant. J'ai choisis une musique adéquate, ultime résilience de nos repères dans l'hostilité de la nouveauté d'un lieu anonyme, à l'échelle d'un pays, d'une ville ou d'une chambre d'hôtel, que nous devons investir pour un temps donné.

Perché à Webdeh, le son de downtown dévale la pente à l'envers. En fonction des accointances sonores, les cris des enfants surpassent souvent le bruit sourd du trafic. Et quand les muezzin prennent la relève, la ville vibre. Le son est un guide pour le regard qui le cherche et qui rebondit de colline en colline. Le murmure frontal des façades saute aux yeux. On croirait pouvoir le toucher. La distance n'existe pas, elle devient un écran en mosaïque qui trompe l'œil. On sait seulement qu'en face se tient le miroir de notre promontoire.

J'ai trempé mes mains dans la mer Morte, et le sel est devenu l'huile sur ma peau. J'ai regardé le ciel tomber dans la mer les bras ballants.

La connaissance d'un espace, je veux dire se l'approprier, ne passe pas seulement par apprendre sa géographie. L'étranger c'est celui qui croit connaître le poids de l'air que les gens respirent.

A 16:30 je partageais l'intimité d'une villa qui flanque la ville sur une colline agréable. Respiration calme. En paix. A 19:30 je partageais l'intimité de la famille du premier martyr jordanien, au centre d'une foule compacte venue réclamer la vérité. A 0:30 je partageais l'intimité d'un taxi anonyme, consumant en silence une cigarette avec le chauffeur, toisant la Lune, la même que celle qui se coucherait à Paris dans quelques heures, un croissant croisant l'aurore au moment où les chants des oiseaux anticipent le jour et nous rappellent qu'il est déjà trop tard pour trouver le sommeil.


— ALBUM MARS 2011 —

 

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ORCHESTRE :::::::::::::

Future Pilot A.KA — Nothing Without You (Tery Bina)

The Phœnix Foundation — Eventually & Skeleton

Julia Stone — This Love

Angus & Julia Stone — Big Jet Plane

Cold in Berlin — Total Fear

Henry Goes Dirty — Get my kicks

The Shins — New Slang

Javiera Mena — Hasta la Verdad

Metronomy — She Wants

 

 

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29 avril 2011

FEVRIER 2011

Un hiver s'est passé sans que je ne m'en rende compte. Je parlais en silence. Cette année commençait comme quand on respire de manière haletante. Une longue course, un train sans fin, un lot de peur. Je pars en mars. Pour un mois. La fragilité de l'indépendance et le goût du risque me soufflent plus que ne me dictent la marche à suivre. Je suis le cours à contre-courant, en dériveur.

En février il a fait très froid. Calfeutré dans mon fort intérieur, j'ai écrit des mails très sincères en les relisant plusieurs fois avant de les envoyer. Quelquefois ils ne sont pas partis vers leur destinataire, je ne les ai pas envoyé, j'écrivais pour moi.

En février, je me suis retrouvé à genoux à Brighton. Je me suis vu contemplant les dunes et la mer. J'ai vu des amoureux assis sur l'horizon. J'ai vu des feux d'artifice de poche remplir un ciel immense.

Le retour du sud comme un élan, vers le nord, une boussole, la direction. J'ai découvert le canal à Londres et j'ai longé les berges la nuit en dessinant des arabesques avec mes paupières trop lourdes.

Aujourd'hui je me dis que je n'ai pas fait des images qui me ressemblent. Des images nettes dans les volcans ou bien à Londres. Sans doute était-ce pour mieux laisser rentrer, dans l'entrebâillement de l'appareil, les fantômes qui hantent les trajets ferroviaires, tremblant comme la lumière qui martèle en cadence les paupières au rythme où le train avance.

Finalement cette itinérance très précise se termine à Heathrow, bon dernier dans l'avion pour embarquer. Je me suis retourné une dernière fois avant de passer le dernier contrôle dans la salle d'attente vide de pas impatients. A cet instant, je me souviens très bien qu'intuitivement, j'avais pleinement confiance en cette année.

C'est un bon début.

— L'ALBUM FEVRIER 2011 —

 

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NOTA BENE /////////////////////////

Hollow Hollow Eyes — Crocodiles
Hotel Room — Richard Hawley
France Culture — Arnaud Fleurent Didier
Y En A-T-Il ? — Bertrand Belin
Let the Spirit — Roots Manuva
Simon Says — The Sequence
Just Like Honey — Jesus and Mary Chain

 

 

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01 avril 2011

TODAY DANS LIBE ::::

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Quatrième de couverture — Bertrand Belin

 

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26 mars 2011

AMMAN, HIER

Amman, Jordanie - Khairy Jamil Saad, first dead in Jordanie.

 

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Hier soir encore sur les ondes des médias arabes, le chef de la police évoquait une crise cardiaque. Outre les traces de coups aux jambes et au thorax, Khairy s'est fait casser les dents lors de son passage à tabac. On a dénombré plus de 100 blessés et le nombre de morts sera finalement de deux. Un autre blessé, admis dans un état grave est décédé dans la soirée.

 

 

 

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01 février 2011

JANVIER 2011

Comment commencer ? Par ce train volontairement repoussé (pour une fois que je le décide!) parce que cette après-midi était douce -et romantique comme un vieux bar de l'est bleu de fumée. Quand je reculais les échéances, je paniquais. Je goutte au délice du temps qui passe. Un comble, je ne fais pas de photo. Enfin, je ne vais pas tarder… pour février.

La lumière est magistrale. Un truc rare. Je le note peut-être parce que je n'écris pas souvent les après-midi. Les nuages se distinguent juste en apesanteur, mollement. Ils diffusent un soleil surnaturel qui rase l'horizon, au sens propre. Il disparait. Plus d'horizon dans mon paysage. De la lumière et de la musique. Beaucoup de musiques. Embruns salés d'une mer hypothétique qui doit bien exister là-bas.

L'année a commencé tellement vite que je ne m'en suis pas rendu compte, regarder le temps couler, se délecter des instants qui passent sans essayer de les attraper, ils se transforment en moment, valeur sûre, ce sont des bas dont on prend le temps de les regarder filer.

C'est le mood de fin de mois qui découle d'un début bille en tête. Des tunnels franchis comme des ponts, dans le silence ferroviaire des transports en commun, le temps de regarder à travers la vitre comme on regarde au dedans de soi.

Un début d'année comme on contemple un paysage de loin, avant de l'arpenter. Les creux, les bosses, les clôtures, les forêts, de loin en loin, ont un tapis douillet. L'éloge du franchissement prend tout son sens en le parcourant.

De retour à Paris. Des états d'âme en l'air quand je regarde les volutes de la fumée grimper dans mon carré de ciel nocturne clair de ville sur la passerelle devant la porte. Ils grimpent comme si la gravité n'avait pas de prise, le temps de refroidir. Je fais des ronds. Je tiens mes engagements, le silence de la nuit est celui de ma bouche, d'or.

Même les passions s'entretiennent dans l'étrange intériorité de nos sentiments qui glissent au bord des lèvres et se verbalisent en battements de cils. Normal, tout est ténu, la nuit, quand on écoute les gens dormir, je pense à la campagne en bleu quand le soleil se couche. Je pense qu'une photo n'est jamais bonne quand on la voit. Il faut la sentir, juste avant, deviner le bon moment.

Les images balancent de Patti à Christie, le swing musical, rengaine habituelle de la curiosité, entre Allen Giseberg et les Ferrandaises de mon cousin Ondet. Le marché de Noël sous clé et une Mairie majuscule qui disparaît dans le sodium des réverbères, des rugbymen à l'aise comme dans un jeu de quille, la Tour Eiffel de Noël et des passantes éblouissantes. Le canal, le train, le trait d'union par où tout a commencé. Des chemins de travers. Un Nord, un Sud, un Est, un Ouest, et presque même un semblant de direction.

 C'est l'année qui commence, parce qu'il faut bien un début entendu. Elle n'aurait pu commencer autrement.

 

— ALBUM JANVIER 2011 —

 

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En fanfare

 You Came To Me - Beach house

Hellhole Ratrace - Girls

Synchronize (feat. Jarvis Cocker) - Discodeine

Crucify Tour Mind - Rodriguez

I'm Gone - Tu Fawning

Round The Moon - Summer Camp

You Can Never Get Lost (When You've Nowhere To Go) - Piano Magic

It Girl - The Brian Jonestown Massacre

Slippin - Quadron

Lost Cause - Beck

It Don't Mean a Thing (If It Ain't Got That Swing) - Ella Fitzgerald and Duke Ellington

Arena - Suuns

Helicopter - Deerhunter

Caramel - Suzanne Vega

t-family: 'times new roman', times;">Carmencita - Devendra Banhart


 

 

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07 janvier 2011

DECEMBRE 2010 ::::::::::

Décembre 2010 — Les dates anniversaire et les fêtes marquent le temps des bilans. Mes jours raccourcissent et mes nuits s'allongent. Dans cet espace infini de l'esprit, les images s'étirent sur des méridiennes de souvenirs. Le silence de celui qui regarde donne des pistes.
Les jours se couchent tôt et mes nuits se lèvent tard. Je ne parviens plus à voir le jour se lever. Dans le silence des lumières qui scintillent dès l'après-midi, la mémoire prend de la place. Elle est courte et relative. Plus on grandit plus elle représente une fraction condensée de notre vie.
Je remonte à un an. Les autres années se brouillent. C'est une ombre brillante sous les réverbères qui se dessine. C'est un sourire qui laisse apparaitre des dents gercées dans le froid cinglant de ces jours trop hivernaux.

Comme au travers la fenêtre des trains, vitrine mobile sur une moitié du monde, je regarde mon bureau capitonné de mes souvenirs. L'an prochain il ne sera plus. Et je me rappellerai que c'est d'ici que j'écrivais ces lignes, en regardant le ciel noir, tard, puisque la fenêtre de mes combles ne me montre rien d'autre que les étoiles qui défilent entre les volutes de Craven de minuit, une heure, quatre heures, cinq heures, dans ce ciel sans lune.

La pluie aurait une chance de tomber si la température grimpait un peu. Elle tambourinerait sur le toit des heures un tempo improbable. Un truc à la Monk à la fois harmonique et rythmique. Comme ce qui se cache dans ces ombres dont on cherche le reflet dans le soir qui tombe trop vite pour qu'on ne réussisse à les happer.

Je me confine soigneusement dans ce minuscule intérieur pour que cette nouvelle marée efface mes traces volontaires. J'ai besoin d'embruns et de temps. Je devrais photographier la mer, et surtout ne pas regarder en arrière.


— ALBUM DECEMBRE 2010 —



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Bande Originale  ::::::

1.  Lost - Syd Matters
2. All I Need - Radiohead
3.  Demon Host - Timber Timbre
4. 
Mouthful of Diamonds - Phantogram
5.  ByeBye - Cascadeur
6.
 Brother - Beck
7. 
1517 - The Whitest Boy Alive



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13 décembre 2010

NOVEMBRE 2010 :::::::::::::::::

Nous jouons à être des enfants, sans doute parce que nous avons peur de devenir vieux. Mais l'enfant ne sait pas qu'il joue. Et nous, nous ne sommes pas dupe. Notre peur, c'est ce que nous sommes, bien en face.

C'est novembre depuis la rue, sur les Grands Boulevards parisiens. J'ai des maux sur le cœur qui n'osent pas sortir.
Je sors du cinema. Il neige doucement. C'est cette première neige, avant décembre, la prémonition de l'hiver qui tonne comme des flocons sans bruit. La neige, c'est comme la pluie qui tomberait moins vite. Un ralentit de temps d'automne à tendance hivernale.
Juste en face, sous le panneau d'annonce des films à l'affiche, un couple. Ils s'embrassent. S'ils n'étaient pas ensemble, l'un contre l'autre, je dirais qu'il pleurerait. Si seulement les larmes ne coulaient que de ses joues… je crois qu'ils pleurent.
C'est un truc aussi simple et indicible qu'un flocon qui s'écrase sur le sol. C'est le souffle de décembre et la ville vide de tout. Tout se tend... La ville, le couple, le Vespa seul au milieu de fantômes agaçants. Un homme qui tend la main pour l'homme. Il manque de cigarette et de tendresse. C'est ce genre de moment où tout se passe au ralentit. Où on ne peut rien faire, même pas une photo. De toute façon, les images ne sont que la projection de ce que l'on est et de ce que l'on veut bien voir. Ce qui compte, c'est de voir.

J'échoue au Harry's bar, hôpital de campagne de la rue Daunou, près d'Opéra. Gérard est derrière le comptoir. Il faut le voir Gérard, c'est un poème. Il sert des James Bond de fond de court. Reprise de volée de paroles en l'air. Un as des aces.
Voilà. Décembre, au dehors, approche. Emprunte discrète sur cette neige qui tiendra peut-être cette nuit. Les décisions s'empilent de mal en pis.
Il faut consommer les histoires avant leur date de péremption. Avant les excuses inaudibles et le subtil changement de ton qui traduit les tonnes de reproches ankylosés qui ne se délient que sous l'emprise de la fin. Cette emprise est un empire qu'un homme seul peut renverser.

En novembre j'ai du mal à comprendre. Je suis un insecte dans cette nuit. Des vagues de solstices en pleine poire ! L'hiver approche et j'essaie d'écrire en vain le bruit de la neige qui tombe. Mais les mots fondent et gèlent à chaque fois. Novembre contre vents et marées. Du soleil à Oostende et des vagues à Monaco. Remue-ménage invisible. Je crois que les trains bougent, mais pas mon regard.
Il y avait des personnes qui ressemblaient à tous les Belges dans ce café, le Bristol, en marge du Petit Paris flamand. Il y avait des nantis mus en quidam sous la tente de l'Oktober Fest monégasque. Un Rocher sans ambassadeur avec l'emphase du houblon pour valider la déraison extérieurs, soupape sous la tente sous pression.

Plus le temps passe, plus je sais donner l'impression de savoir où aller. Le bastion cérébral reste dans le même bordel. Le prétexte était le voyage. Plutôt que de regarder les étoiles filer, j'ai bougé. A l'aplomb de moi-même et c'est bien là, précisément, la différence. Ma déférence à votre égard, vous.

 


—ALBUM NOVEMBRE 2010—

—ALBUM OOSTENDE/MONACO—


 

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:::::: playlist ::::::

1// The Limit To Your Love - Feist

2// When I Grow Up - Fever Ray

3// Baby - Warpaint

4// Afraid Of Everyone - The National

5// Hold Out - Washed Out

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27 novembre 2010

OCTOBRE 2010 ::::::

Il faut savoir décrocher.

J'écris depuis novembre, la fin de novembre. C'est le premier jour de l'hiver. Les prémices. Une neige qui ne dure que dans les airs. Un ciel lourd de flocons en suspensions. Le sol en miroir de pluie glacée qui ne sèche jamais. Un air électrique comme un orage d'été sur l'humeur des gens. La nuit, le ciel rose de la ville est si bas qu'il tasse les rides du canal. La surface est lisse comme de l'huile. Et le ciel se mire aussi profond que l'eau sublime qu'il retient en flocons.

En octobre, j'avais détecté le décrochement des saisons. Les feuilles à terre moins qu'en l'air, la nuit qui tasse le jour et qui presse le soir. Des détails anodins et récurrents qu'on ne perçoit pourtant pas pareil d'un an à l'autre. Nous vieillissons. Et quand on vieillit, le temps s'éclaircit. On ne s'embarrasse plus de ce qui coûte et on délaisse ce qui lasse. Et quand le ciel s'abat une bonne fois pour toute en trombes, ce sont des gouttes glacées qui roulent sur les joues, seules surfaces apparente de soi. Elles décrochent, ces gouttes, elles dégringolent et surtout elles rincent la poussière du temps déposée par le présent.

Ce qu'il reste d'octobre ce sont des refuges, des capitons noir et blanc et quelques écrins de nerfs. Ce sont des bras ouvert et des mains tendues, des élans évidents, et une certaine douceur qui contient discrètement l'hypothèse de la suite. Nous pouvons toujours décrocher pour partir et éviter de se rappeler. Nous décrochons aussi tout ce que nous ne supposions pas exister.

En octobre, j'ai décroché.


— ALBUM OCTOBRE 2010 —

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49_OCT201033_OCT2010

:::::: playlist ::::::

1// Have Love Will Travel - The Sonics

2// We're Going to Be Friends - The White Stripes

3// Get Up - Washed House

4// Requiem pour un Twister - Serge Gainsbourg

5// At My Heels - Twin Shadow


Posté par JulienMignot à 05:18 - Commentaires [0]