12 décembre 2006
One Day You'll Dance for Me NYC//////////////////
/////////////coups d'œils ///////CBGB&OMFUG/////////////////UNJOURPENDANTLANUIT//
///////160SESSION/////////////DAYLIGHT////////FLAGSOFOUR ONCLE//////////////////////
/////////////////////DOGVILLE//////////////////NEWYORKERS //////////////////////////////
Pour une fois il ne pleut pas dehors,
ce dimanche est sauf. Je troque la pluie contre les gouttes, je ferme
le robinet, je sors de la douche. Cela fait maintenant plus d'un mois
que je suis rentré de New-York. Les strates de temps se déposent
lentement. Chaque instant, comme un dépôt en suspend, se fond dans le
souvenir. Revoir ses photographies maintenant, une fois qu'elles sont
reposées, me permet d'en exhumer le sens. L'émotion s'atténue et la
signification prend le relais.
Initialement, je devais être sur place pour la fermeture du CBGB*. Club punk mythique des années 70 quand NYC ressemblait à ce qu'on imagine encore quand on ne connaît pas la grosse pomme.
Un
manque d'informations quant à la date précise ne m'a pas permis d'être
sur place le 15 octobre, Pattie Smith faisait la fermeture, et les
clichés du concert étaient réservés au photographe maison. J'ai décrété
que je n'appartenais finalement pas à cette époque. Ce reportage ne me
manquerai pas. Le Monde m'avait pourtant suivi dans cette idée.
J'étais
à New York pendant les travaux. Le lieu allait être conservé pour être
remonté à l'identique (murs et chiottes taggés jusqu'à l'os, emprunts
de l'épaisseur effervescente de l'Epoque), certainement à Las Vegas.
Drôle d'époque.
Et sur place, l'aventure ne fut pas plus valeureuse
: je n'ai pas pu faire une seule image de l'intérieur. Mon accent et
mon vocabulaire limités faisant leur petit effet auprès du
responsable... Ce fut navrant mais drôle. Il reste ces images en ligne.
Il
me restait la ville entière à arpenter. J'ai rejoint mon ami Alex qui
préparait la suite de son voyage jusqu'en Patagonie, étalé sur l'année
entière à travers l'Amérique du Sud. Il profitait encore un mois de
l'effervescence urbaine à l'occidentale.
Pour moi, pas de sujet. Comme une obsession redondante.
Au
moment de faire les images, c'est un problème : il n'y a pas de défi à
relever, pas de volonté de communiquer quoi que ce soit ; je peux juste
balbutier "je vois ceci" ou bien "je vois cela" et
ça m'intéresse, mais je ne sais pas pourquoi. Je balbutie et je ne dis
rien. Cette photographie est une sorte de psychanalyse narcissique -
tout un paradoxe ; ça me ressemble, tient.
Au moment d'éditer un tel
moment - puisque nous ne pouvons parler ni de travail, ni de reportage
- c'est un nouveau problème : l'envie que l'image retrouve sa fonction
est pressante et il faut trouver un stratagème pour justifier ce manque
de cadre, permettre ainsi au public de recevoir le plus justement
possible de telles impressions.
Je suis cerné. J'ai envie, j'ai
besoin de photographier, mais je n'arrive pas à assumer cette
introspection livrée à nue au moment de l'éditorial. Le sujet ne sert
même plus d'abri. Et pourtant ne demande-t-on pas à l'artiste - ou au
photographe, la fonction étant dans l'œil de celui qui regarde - une
subjectivité presque exacerbée pour servir de clé de lecture au
discours ? Pourquoi se penche-t-on toujours sur les affichettes à côté
des toiles des nouveaux photographes avant même de les regarder pour comprendre ?
Je crois qu'il n'y a aucune prétention dans l'exercice auquel je viens de me livrer à New York. Il s'agit de dire "regardez
ce que vous n'avez jamais vu et ce que vous ne verrez plus jamais, ça
n'a d'intérêt que parce qu'à travers l'autre, je parle de vous".
Malgré
cette volonté de ne pas emprisonner le sujet, je me suis résolu à
présenter plusieurs albums, regroupant des images relatives à mes
propres impressions que je ne saurais exprimer autrement qu'en images.
Pour moi, il n'existe pas de cloisons entre elles : le temps et
l'espace les limitent. Ce sont mes photos de New York entre le 23 et le
30 octobre.
Pour faire simple, et parce que je ne suis pas très
doué dans la triche, je vais vous livrer tout cru mes photographies
new-yorkaises. Je parlais dans un précédent article de la proximité
entre le choix de mes films et ce que je photographie, ainsi, vous ne
trouverez aucune cohérence dans la suite. C'est mon état d'esprit qui
commandait. L'animalité brutale et la jouissance du déclenchement comme
guide, sans garde-fou.
Néanmoins, je retrouve mes marottes : Dogville est une série canine sans autre vocation que le divertissement, au même titre que la série J'adôre les chiens qui devrait voir le jour prochainement.
Flags of our Oncle
est juste un palliatif à une réaction violente qui aurait pu me nuire
sur place. Les drapeaux, omniprésents, sont un aimant pour l'œil, un
piège facile pour composer et utile en couleur. Plutôt que d'en scier
certains, j'ai essayé de trouver le sens que projetait son propriétaire
sur cet étal patriotique. Puisqu'à mon avis, il existe autant de points
de vue politique sur cette bannière starisée qu'il n'existe d'étoiles,
dans le ciel.
New Yorkers, regroupe les personnages qui
m'ont offert un peu de leur temps, à l'opposé des images de rue glanées
à la volée. Comme un hommage.
Steet Tease se divise en trois séries de trois impressions :
- La première se nomme 160 session.
La pellicule 160 ISO sous exposée aborde le murmure de la rue. Casse le
mur de l'apparence, qui ne compte pas, tant que l'on marche et que l'on
suit le rythme de la foule.
- La seconde est DayLight.
C'est l'anecdote, plus ou moins joviale ou satyrique, qui jaillit
furtivement et que personne ne remarque. C'est une série très
classique, convenue et tant mieux.
- Un jour pendant la nuit
est le paradoxe nocturne new yorkais. Les nuits sont tellement longues
que l'on peut vivre en chacune d'elles plusieurs états opposés sans se
sentir en dehors du temps. La nuit file tel un bateau pour vous amener
jusqu'au lever du soleil comme si rien ne s'était passé. Le rêve - ou
le cauchemar - américain éveillé. Je regarde passer les étoiles
filantes.
Je m'amuse à trancher dans le vif des séries
cohérentes, mais je fais sûrement fausse route : je vous propose une
densité d'images bien trop forte. Je doute que mon propos soit
complètement recevable et pertinent pour servir de guide dans ma
démarche. Un mois n'a pas suffit, il faudrait certainement des années
avant que la violence du choc américain ne décante. Voyez ces images
comme le dépôt résiduel d'un voyage outre-atlantique qui flotte entre
deux bouteilles d'eau de vie à l'amer.
__
*/ cf. article, http://fr.wikipedia.org/wiki/CBGB
Commentaires
J'ai rêvé... New York !
Juste un petit mot sous le coup de l'émotion. Très jolis clichés, comme d'habitude, mais mon commentaire est plus personnel que technique. La série Un jour pendant la nuit m'a arraché à la grisaille de mon entre-midi-et-deux, et d'un coup, je me suis retrouvé là-bas, je suis entré dans ton regard comme si c'était le mien, et j'ai (ré)arpenté mes souvenirs dans tes images. Elles sont vraies, comme il est difficile de l'être dans ce royamue du faux, elles traversent le clinquant que le cinéma n'évite presque jamais, pour toucher la profonde sensualité de la nuit new-yorkaise. J'en ai encore le goût des burgers de Brooklyn dans la bouche...
Merci Ju !
François.
new-york new-york
Quelques secondes dans ton moyen de transport en un jour dédié à l'amour (ou à la commodité fiscale, au choix) pour se rendre compte de notre frénésie commune pour cette ville.
J'apprécie fortement tes clichés.
Je me demande lequel de nous deux traversera l'océan le premier.
later on' then


























































































