AQUARIUM_3102-33

Ca s'est écrit comme ça. Comme une feuille qui chute sans la bourrasque qui la rattrape. Je n'ai rien vu venir Je me tenais pourtant encore droit en Crête. Le temps passait doucement.

Nous - je l'écrit encore - avions échoué dans une taverne sans nom à deux pas des touristes pressés, mais en dehors des guides. C'est la piste la plus nue qui nous avait amené là. C'est un morceau de nul part.

Le rez-de-chaussée est un supermarché. Le patron tient la boutique. Souvenirs, matériel de plage, eau, sodas, cartes postales, glaces, nécessaire de plongée, transats et parasols. L'étage est le restaurant. Une surface en adéquation avec les températures, plus de terrasses que de bar. Sous le auvent des tables, le vent est fort le soir quand les températures baissent légèrement, une brise catabatique descend des cimes, c'est ce souffle qui donne l'heure.

A l'intérieur un billard américain doté de néons. On aperçoit les oliviers, juste là en bordure de plage qui se fondent dans le sombre marin avec le dégradé du soir. Des rochers ricochent en pointillés pour clore la baie. Le relief balbutie la chute.

Un italien en casquette semble seul, sans doute un ex-barbouze en trek. Un truck du Camel Trophy est garé en contrebas, il abrite un couple de néo hippies qui baroudent, serviettes quotidiennes au vent sur le fil tendu du réservoir à la balançoire. Des enfants jouent. Les touristes partent tout juste après avoir profité des derniers rayons. Le vent se lève de nouveau, il balaye le reliquat des derniers estivants pressés et attise les braises du couchant qui tombe derrière à pic à flan de falaise. Des phares balayent un semblant de jetée. Mes cheveux se comblent d'embruns et de brise.

L'étage est réservé aux chambres. Le corridor qui les dessert est calme. Une odeur de vestiaire de football de province propre tempère la moiteur marine qui remonte à cette heure-ci.

Le calme cadence les humeurs. Nous contemplons la mer de Lybie, déjà noire.

La brise de terre se tait finalement. Il est trop tard pour que d'autres clients arrivent. Il sont quatre à terminer leur repas. Un couple et les sœurs du mari, sont attablés. Ils attendent à merveille. Ils n'attendent rien et attendent parfaitement. Ils sont d'une sympathie métronomique. Des voix montent au-delà du dégradés qu'éclaire encore le néon de la superette, on ne peut distinguer à quelle distance elles se situent, ils pourraient bien être sur l'autre versant, leur position dépend du vent.

La mer rejoint d'abord la terre. Puis le ciel. L'obscurité gomme tout. La température s'égalise, le vent et les pressions s'organisent, c'est la nuit à Preveli.

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"Plutôt de disperser nos forces sur nos points faibles, concentrons-les sur nos points forts. Colonel de Gaule, vers une armée de métier, 1934." C'est une résolution. C'est Montebourg qui l'a cité depuis son bureau, en interview.

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Nous sommes rentrés. Dehors, c'est gris comme l'automne en novembre. Les arbres ont encore des feuilles et nous, l'espoir d'une belle journée. L'influence lumineuse de ces semaines plates nous mine. Ses larmes sur la vitre d'un train coulent à l'horizontal. Je devrais tirer le frein automatique, mais la sirène m'alarme. J'ai passé les vacances à dégainer des galets et tenter d'en dégommer une ou deux en passe de s'échouer. C'est le palliatif du ricochet. Ça n'a pas marché. Ces sirènes-là avaient pourtant la vraisemblance d'une hallucination.

 

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••// Bande Originale \\••

 Ms, Matilda, Dissolve Me — Alt-J

Falling — HAIM

Ela Partiu — Tim Maia

Stay Awake — London Grammar