NOVEMBRE2013-029

 

NOVEMBRE2013-039

 

La vitesse. La lumière. Novembre. L'accélération fissile d'une année de plus qui plombe les tempes et teinte de gris nos bleus à l'âme.

Je lisais Sagan, La Vitesse. C'était à Berlin. C'est là que tout accélère.

 Novembre, ce sont des mirages froids. Comme il ne fait pas trop chaud, on y croit. Ce sont des portées infinies. Des lignes droites ponctuées de myriades, domptées de points dociles et courbes, les méandres bruts émotionnels de la vibration. C'est un mythe.

Menahem avait 90 ans et la salle Pleyel entière chantait joyeux anniversaire en chœur. Dvořák en quintet, quatuor de Debussy, nocturne de Chopin. Tout était là. De la musique qui sonnait pile l'éternité et tapait dans le mille d'une cible béante.

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C'est étrange comme en regardant ces étagères vides, j'entends l'écho d'une cathédrale qui résonne dans des interstices minuscules. Un écart entre deux livres. Un espace entre mes chemises alignées dans le placard. Le doux écho de la solitude, une peur apprivoisée. Une vraie panthère sombre et racée qui se laisse caresser. C'est la rançon de la tranquillité, les morsures quotidiennes de la réalité. Une griffure en parure, séquelle profonde de l’intrigue. Le témoignage fulgurant d'une cohabitation passée.

 

Les ondées descendaient les gradients vers la plaine. J'ai vu l'averse arriver. Le ciel sombre, les premières gouttes de pluie taper aux carreaux qui regardaient l'ouest. Statiques. Je suis resté là, en attendant l'averse à l'abri. Les cliquetis meublent maintenant le silence. Je regarde droit devant.

 

Et puis j'ai couru dans ces zones pavillonnaires chères à mon adolescence. Leurs clôtures arborées, ces parterres qui surpassent l'Amazonie en terme de densité végétale, plantés voilà quinze ans par des pépiniéristes s'ingéniant à rentabiliser chaque mètre carré en disposant çà et là de jeunes pousses inoffensives. Leurs réalisations précieuses ont maintenant surpassé le chiendent et le gazon. Combien de jours passés à le tondre ce foutu gazon qui complète le tour de la maison ? La bande de deux mètres qui jouxte le terrain du voisin et qui ne sert désespérément qu'à la tonte du dimanche matin ? La plupart du temps à la seule fin de se passer les nerfs. La détente suggère la tension.

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A l'aéroport j'ai laissé mon casque dans le sac. La musique de la ville suffisait. J'écoutais les annonces discrètes, les jingles sourds. Les appels du dernier passager dont on ne comprend jamais le nom. J'avais passé la nuit dans un sommeil qu'on ne veut laisser s'installer et qui menace pourtant de clore nos paupières sur le peu d'instants qu'il reste, convaincu que chacun d'entre eux est prêt à s'échapper à n'importe quel moment. Et nous avons raison. Tous ces moments, du premier au dernier, disparaissent avec le temps. Cette boule au ventre, nus sous les couvertures, tendus dans des positions aussi inconfortables que délicates d'attentions pour l'autre. Je ferme les yeux. J'oscille, je tangue. Il n'y a pourtant pas de mouvement. La rue est calme. Sa peau est nue. Je l'ai vue cent fois dans cette seule nuit. Pour l'apprendre un peu, par cœur, juste avant le départ. J'ai détaillé chaque odeur en dormant. Celle de sa nuque, là où son dos retrouve ses bras. Là, tout le long de ce flan sans fin. Je terminais sur les rotules. L'inventaire complet des oublis à prévoir. Je souhaite que rien ne s'échappe en arpentant des cartes invisibles qui se tracent ainsi, du dos, du creux de la main, passant sans cesse sur les mêmes repères comme pour en créer une habitude.

 

Le gris du ciel, la nuit, le matin. La faim qui disparaît. La langue me panique un peu. Trouver les mots justes.

Je n'ai pas fait de photo quand elle a regardé le jour gris à travers le rideau rouge de la chambre ce matin, ni quand, dans le jour tombant sur le séjour, elle se rhabillait avec cette maîtrise méthodique dissimulée et aléatoire qui la caractérise tellement bien. La lumière du nord traversait la seule fenêtre de la grande pièce, projetait les angles brillants du piano en des perspectives fuyantes qui s'échouaient sur sa hanche et ses jambes sans fin.

 

J'ai attendu l'altitude de croisière pour attaquer mon pain aux raisins. C'est le genre de décision qui s'intercale dans un flot continue de faits. Elle s'ajoute sur une bande horizontale qui défile comme le demi-paysage à travers la fenêtre d'un TGV. Puis j'ai dormi comme un skipper de vapeur. Prenant le quart et barrant aux étoiles, du bout des lèvres, en fumant dans mon sommeil sur cette mer passive de nuages inoffensifs.

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Un départ laisse des étagères vides et des petits tas bien rangés comme des fleurs plantées qui vont bientôt pousser. Le lierre grandit et l’on a oublié la terre qu'il dissimule à présent. J'arpente au pas de course ces pavillons de mes quinze ans et dispose ces souvenirs comme des chrysanthèmes sur des stèles déjà recouvertes. Là, devant le levant, des rideaux rouges, des méandres, des virages, le froid à pierre fendre. Une perspective hivernale qui, quoi qu'il en soit, sera un choix. Les avions décollent et se posent méthodiquement et sans raison.

 

 — LA GALERIE DE PHOTO ICI —

 

/// ode \\\

 

20 L 07 — John & Jehn

Good Friday — Coco Rosie

Crazy and Wild — Meshell Ndegeocello

My Kind Of Woman — Mac Demarco

I'm On Fire — Bruce Springsteen

Manhattan — Cat Power

Atlantis — John Forde

Rare Bird - Passing Through — Erol Alkan

Leave Me Alone — Ellen Allien & Apparat

100% — Chromeo

Baby Blue — King Krule