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WINTER14-33_02 (1)_AUVERGNE

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Décembre avait commencé sans un mot français. Il s'agissait d'onomatopées élancées. Des trucs très serrés qu'on partage sur des lits, allongés.
Au loin, la mer ; au près, au large. Partout. L'amitié aussi. Partout. Tout autour.
C'est aussi les inquiétudes des bilans et des perspectives qui s'annulent pour un moment dans des cabinets de médiums en Formica : un quarté dans le désordre qui traitait de l'année qui allait arriver. Il s'agissait d'un canal qui ne saurait être lacrymal, des crinières claires, des précisions tatouées sur le cuir de mes moleskine.

Je me suis laissé perdre volontairement dans le nombre de nuances infinies de cette mer sans bordure qui nous regardait depuis le lointain ; nous nus cachés derrière la fenêtre, ouverte en plein hiver, simplement pour entendre l'horizon lorsque l'on dort encore. Le temps coule avec l'égard des gouttes de pluie qui passent à travers le vent, avec impatience aussi. Dans cette délectation absolue et extatique qui donne à chaque instant la teneur de sa préciosité.

Les jours de voyage sont des lignes. Le temps relie des points. Il n'y a pas de temps perdu en les reliant. J'ai passé mon temps à contempler par le hublot des paysages figés par le vertige et l'altitude, comme si les mouvements prenaient plus de temps. Je veux dire plus de temps à se réaliser, plus de temps à nous parvenir. Comme l'ombre des nuages haut, doucement se muent les ombres de Kerouac et Fante, la couleur de Leiter qui dérive à l'Ouest, rien de bien neuf, des références faciles, mais une toile de fond fantastique le Grand Canyon vu d'avion.

Je n'arrive pas à me retrouver seul. Je me demande même si je suis trop vieux pour être curieux ? La réponse est non bien entendu, c'est pourtant maintenant et immédiatement qu'il faut retrouver le chemin de l'inconnu. Je suis perdu dans cette ville. Je ne comprends pas Downtown. Cette ville est vide, le cœur à l'air. Les gens se dispersent comme les boulevards s'allongent. La matière devient noire quand les étoiles s'éteignent, ce sont les employés qui quittent les bureaux.
La terre a bougé. Légers séismes personnels amortis sur l'oreiller. Ces réparations sensibles se transforment en substances indispensables. J'écris d'un bar près de Spring Street, la température est agréable pour un soir de janvier, la serveuse m'offre un tonic sans raison, une Peugeot 103 SP guidon bracelet et pot d'échappement Ninja carte noire vient de passer, madeleine motorisée d'une tendre enfance campagnarde. La vie est merveilleuse.

Le Pacifique est droit devant. Je fronce les sourcils à cause du soleil déjà passé à l'ouest pile en face, debout, sur la lèvres des vagues. Je suis un surfer de surface dur. Ma planche est mon banc sur la promenade qui surplombe le rivage. J'ai fermé les yeux. Bien plus longtemps que je ne le croyais. J'ai fait le point. En ouvrant les paupières, en short, une boisson vitaminée à la main, mes lunettes vissées sur le front, je me suis vu -ce fut furtif- américain. Une française, exilée insulaire, me voyait la veille en avatar importé UMP parmi des hypsters énervés dans un entrepôt bondé. L'habit, le moine défroqué, les pompes trop cirées, le short ajusté, mon Dieu! à quel sein me vouer.
A l'aise dans mon cuir négligé, je conduis sur Hollywood un rêve américain passager. Un film en direct projeté dans les méandres de célèbres drives par des phares blancs qui tournent en rond autour des virages.
L'autoradio passait Prince en boucle et Mickaël Jackson entre deux ou trois slow de soupe soul inconnue chez nous. Mes épaules se soulevaient en cadences propulsées par ce léger mouvement de bassin bloqué par la ceinture. Je pensais à un américain sur une route du Jura qui aurait surfé sur Nostalgie, de Dave à Michel Berger. L'exotisme n'a pas de frontière.

J'ai cligné, ça a duré, le cillement suivant était presqu'insulaire. J'ai vu le blanc laiteux du ciel à travers ces immenses fenêtres. Les gouttes étaient des taches ingrates sur la lumière immaculée, reflétant le sol avec gravité par une multitude de points sombres. Le vent soufflait, la tempête était Bretonne.
Un café, cette cuisine. Le clic clac de la pendule. Le feu et les chiens allongés sur les dalles lourdes en pierre, à l'abris du mauvais temps.
En Auvergne c'est un point sombre que la neige absorbe. La disparition graphique prémonitoire d'une histoire peu commode.

C'est sombre autour et dehors. Les spots disposés de part et d'autre de l'allée tombent ça et là sur des journaux entre-ouverts et des paupières concomitantes plutôt mi-closes. L'annonce nous parvient de ne plus bouger. 1-2-3 soleil aérien, nous survolons l'espace israélien. Je dispose dans ce siège d'un œil furtif et moyennement ouvert sur le journal de Tanguy. Il tient Le Monde. L'image illustrée représente un groupe de personnes luttant au bord d'un précipice. L'article évoque les remous de la presse et de Libération en particulier. Par empathie, je pense aux amis. Ceux des journaux, ceux des villages ici-bas. Puisse ce précipice n'être qu'infini pour ne laisser à la chute que la seule possibilité de rebondir.

Amman un mois, le printemps arriverait bientôt, dès mon retour, les fleurs des cerisiers japonais ne tarderaient plus à Sceaux même s'il pleuvait peu. Je conduirai le weekend par goût solitaire de la boucle ronronnante et délicate. Sur ces routes qui se réchauffent, en promenant ce fameux six cylindres anglais à vive allure avec un détachement certain, je m'interrogerais "mais où peut bien être la place du mort dans une voiture anglaise conduite sur une route française ?". Si quelqu'un dispose de la réponse…
Dans le doute, si las, j'opte pour la conduite adroite.

Soul toi!

Fleetwood Mac - I loved Another Woman
Ron Isley - Close To You (feat. Lauryn Hill)
Prince - I wanna Be Your Lover (Dimitri From Paris Re-Edit)
The Spinners - I'll Be Around
Deniece Williams - Silly
The Delfonics - La-La Means I Love You
The Valentine Brothers - Taste Of Your Love
Nightlife Unlimited - If You Know Better
Bobby Thurston - You Got What It Takes
Groove Theory - Tell Me
My Mine - Hypnotic Tango
Queens Of The Stone Age - If I Had a Tail
Todd Terje - Inspector Norse
Hercules & Love Affair - Painted Eyes (feat. Aerea Negrot)
Connan Mockasin - I Wanna Roll With You
Nu Shooz - I Can't Wait
Nicolas Jaar - Took Me Out Of The Dark Rain & Come n get it & Mini Calcutta
Missy Elliot - Work it (Nicolas Jaar Rework)
Snoop Dogg - Soul Plane (feat. Latoiya Williams) & Big Girlz
Young MC - Bust A Move