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Je remarquais le carreau de mes chemises s'éloigner de la mode, à une distance raisonnable de ce qui n'est plus mais qui adviendra.

L'été a commencé par une griffure, sorte d'échos aux brûlures affamées et autres morsures pré et post-printanières.

Quand t'es môme, une entaille, tu chiales. L'épreuve qui pique arrive ensuite, tu évites la plaie, soigneusement, tu inspires entre tes dents quand la goutte tombe à dedans. Ça cicatrise. Deux jours de pansements, mais attention, faut qu'il frotte nul part, surtout pas sur les vêtements. Puis faut que ça sèche. Et oui, tu vas toucher ce début de cicatrisation amorcée qui démange. Ca pique un peu, mais ça va tu gères. Et puis tu oublies cette méticulosité à cicatriser. Quand t'es grand, tu t'en fout. N'est-ce pas une manière d'apprivoiser la douleur ? Les cicatrices, ce sont un peu les étiquettes des classeurs à sentiments.

Les premiers échanges sont toujours inquiétants. Tout va bien. Tout est en ordre. Il est 2:42 pm, missive précise malgré les temps durs et les échanges…

Si loin du solstice d'aujourd'hui à Hackney, surplombant la ville brulante ; l'équinoxe avait été l’équilibriste au sommet de Petra. Le soleil avait plongé derrière la Mer Morte et le Wadi-Araba, comme pour saluer un rift africain teinté de pourpre. Un océan naissait silencieusement.

Peu importe l'endroit, nos petits imaginaires intérieurs sont encore plus inventifs que ce monde infini. Il n'y a de limite que celles que l'on nomme. Mon univers intérieur déglingue parfois la réalité. Ce que nous donnons quand nous échangeons, c'est la capacité de faire raisonner ces univers comme deux atomes crochus et lisses qui ne se touchent que pour réagir sans gravité et accélérer comme un catalyseur soufflant la suite. C'est un marque-page sur un page blanche pour écrivain en dilettante.

En juin j’écrivais beaucoup, des lignes sentimentales en forme de prix Goncourt moderne, surpassant les cœurs lourds. Un recueil de trois cent page sur le ping-pong, un match qui serait propulsé sur la pelouse, ouverture de Wimbledon. Sans jeu, sans cinq-à-sept, une romance ultime pour âmes symétriques qui écumeraient les bars en parallèle, prenant soin d’éviter la concordance pour ne pas se brûler dans le temps.

Mais le temps coule. J’en crois certains indicateurs indélébiles. L’histoire avait commencée sur Euston-Road. Entre un Eurostar et le studio de Peter Gabriel dans la campagne, depuis une autre gare. Par la fenêtre du cab qui m'emportait, j'ai entrevu la belle ligne, conduite par un anglais trentenaire en jacquard assorti Jaguar. Plus tard, le blue jean tout aussi assorti, avant mes trente années révolues, j'ai compris qu'il suffisait de rêver tout haut. Nous avons cette capacité inestimable et précieuse réservée à peu ici-bas. Né ici en Europe est un privilège silencieux que l'on oublie parfois tant il s'efface comme on l'éprouve. Un quotidien simple et évident quand on possède tout l'arsenal de la liberté.

Et me voilà le cul dans mon rêve mobile à songer immobile sur le bord du canal. C’est comme ça que l’été à commencé, avec des questions entre parenthèses qui s’étiolaient comme des points en suspensions. Des ponts suspendus, coupés, et des lianes pour les remplacer. Je suis resté longtemps stationné une fois parqué. Comme dans une série américaine où le crime va arriver. J'écoutais Chet **ker. Pas de fake, Bak' et ongle les notes glissaient dans les enceintes et dans le confinement confortable de l'habitacle. J'avais remonté le canal en cabotant. Arrêt musical sur les berges pour contempler l'onde qui ressemblait à cet intérieur fragile. Des similitudes flottantes. Entre l'eau et soie. Surface douce et pourtant si lourde la nuit quand on arpente seul le seuil, on se prend à penser que l'on peut marcher dessus sans laisser de trace et se noyer dans l'air, branché sur des branchies artificielles.

 

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L'été est une sourdine.

Un mot en suspens qui traîne entre deux cumulus. Des points de suspension. Des dettes en relief qui marquent l'histoire. Année après années.

Cet été j'ai enfin compilé des playlist et réécouté des standards idéaux aux bord de piscines et de vallées sous le rare soleil français. Cet été j'ai appris à ne rien faire. Cet été j'ai appris à reprendre le temps de lire. Cet été j'ai regardé passé mes émotions de la tête au bide, oscillatoire. Spectateur je regardais comme le vent tournait autour tentant de comprendre comment on aime et pourquoi l'amour. (A moins que ça ne soit l'inverse.) J'ai réalisé que je n'avais jamais aimé. Cet été j'ai avancé comme jamais. Cet été j'ai trouvé le grain de ta peau splendide, j'ai trouvé que bronzer pouvait contenir une vérité. J'ai trouvé que pleurer avait plus de sens que ce que je pensais. J'ai trouvé des amis d'amis plus qu'amicaux. Cet été j'ai trouvé.

 

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Je suis allé Gare de l'Est chercher des cigarettes. J'étais déguisé en rocker sombre et noir contre le temps, filant comme l'ombre d'une ombre sur les trottoirs d'août plus vides que jamais. Un temps d'automne sur la ville vide.

Dans la gare, des amoureux, des clochards célestes, des gens hagards à quai, des errants cheminant ailleurs, des cheminots qui sortaient, mouillés, des sentiers battus sous la pluie battante.

Le vendeur a esquissé un pas de Tango et il m'a tendu tanguant un paquet neuf.

J'ai bien regardé les arches en sortant. Comme la fille baissait la tête et me regardais de biais, la pluie s'est penchée, j'ai remonté mon col, droit, ajusté, pour balancer. J'ai fait déraper le blister du carton, récupéré une tige bien plaquée dans le paquet plein que j'ai aussitôt planquée.

Le bec le silex la taf la courbe fumeuse d'un fog, j'aspire lattant lentement à la première taffe. Entre l'index et le pouce on saisit le filtre par le dessus, la main, auvent de fortune pour sèche sous drache sévère. Je marchais sur l'eau à l'horizontal arpentant la grève de bitume. Superman aquatique, je pilote automatique, je ne sauverai pas le monde, mais si seulement j'épargne ma peau, sous mon cuir, je m'en sortirai déjà bien. C'est maintenant que tout commence.

 

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Je regarde les toits, ça me tue. Vendeur de meuble à la sauvette, je sauve les meubles immobile, j'essaie de dire d'un trait ce qui ne tient pas en dix lignes.

 

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C'était ce soir dans la rue.

Un dialecte africain comme on prononce tout haut des incantations pour une vie qui fait pop. Popu. Populaire. Dans la rue, à même le sol, un murmure rampant qui s'agrippe, grippe la nuit, des grappes de tirants. L'aorte, la carotide, dispersées aux quatre coins du X comme des billes de mercure qui dégringolent quand le thermomètre se fend de ne plus donner la température. Une perf. Romance sous X. Né de rien, équation à deux inconnus. Une somme nue d'insomnie m'accapare sur des estrades qui promettent une vie en rose.

Je voudrais avoir 10 ans et chanter "allo maman bobo", un bob vissé sur le front. Populaire. Viser au lance pierre des Canadairs étincelant et des feux de paille brulants. Cramer les sens au troisième degré. L'essence en éveil. Le clic cloc des pendules, des médiums de pacotille balancent et sonnent two o'clock. L'été s'achève, la boucle dort, le Prince s'acharne, goûter de rentrée dans un cartable en toile Lafuma, presque un Tan's tanné qui assume l'école buissonnière.

Avoir le goût de l'autre dans sa bouche et ses boucles dans les mains. Figure éternelle pour grands enfants qui cherchent le refrain.

 

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Et puis j’ai écrit ça :

 

« Il n'y a pas de bruit, la vallée, c'est l'Ibie. Loin de tout, on se retrouve parfois un peu trop proche de toi. J'ai laissé pourtant les affres des pensées pansement sur le rebord de la fenêtre. Une chambre. Le soleil dormait sur la terrasse. Des engelures d'aubes dorées après une journée trop pluvieuse descendue du Massif. Nous lézardions, mon cœur se fendait. Et le soleil s'est caché. Je suis rentré ma coucher. Comme tu n'aimes pas le ciel vide tu es rentrée à ton tour. Tout est tombé. Le soleil s'est pointé rond dans le ciel azur. Tu balbutiais. J'haletais comme on reprend son souffle après une apnée. Le soleil est près de nous. »

 

et puis une déclaration universelle pour moi comme pour toi qui commençait comme ça :

« Ça commence toujours la nuit. La dernière cigarette, la Gitane qui remplace la Craven brune implacable aux heures tardives. Quand le piano clapote sur des pages de sons calmes. Que surgissent les fantômes amadoués par la pénombre. On commence par Faillir être flingué (c’était mon roman de l’été).

 Et, après ça, mes mots à moi. Pas d'emprunt, le parfum délicat qui surgit après la pluie. Celui qui te tape direct dans le tarin connecté qui te fait surgir l'émotion comme une brise. Celle que t'as pas vu venir. Pas d'arbres autour pour se planquer, pas de feuilles qui bruissent juste avant la bourrasque. Ecoute, c'est tout. (…) »

 et tout s’est tut.

 

C’était l’automne en chemise, l’été indien sans le sioux, les méandres au long court qui reprenaient leur cotation brutale.

 Mais autant l’été est le cimetière de mes amours, autant l’automne est le creuset des aventures. Je pars.

 

— Les images en cliquant ici —

 

//Auto-Radio \\

 

Prince - So Blue

Pulp - Razzmatazz

Metro Area - Miura

Matthew Dear - Honey

Ned Doheny – Get It Up For Love

Browning Bryant – Liverpool Fool

Jessica 6 – In The Heat

Sylvan Esso - Coffee

Sisyphus – Lion’s Share

Jagwar Ma – Come Save Me (Pachanga Boys Jagwar Pawar Version)

Leonard Cohen – Waiting for the Mirale

Carly Simon – Why

Adam Green - Casanova

The Raveonettes – Young and Cold

Jungle – Lemonade Lake

Poliça – Wandering Star

Parson Jones – Make and Model

Saint-Michel – Bob & Making Love & Climbing

Fantasia – Without Me (feat. Kelly Rowland & Missy Elliott)

Nick Waterhouse – Ain’t There Something That Money Can’t Buy

Sly & The Family Stone – Just Like a Baby

Craft Spells – Breaking the Angle Against the Tide

Avril – Burning Peacocks

Gramme – Too High

Funkossol Beats – Party Line

DENA – Cash, Diamond Rings, Swimming Pools

Queen – Cool Cat